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EXTRAIT du livre:

Faites entrer l’accusée ?

À vingt ans, on est immortel. Du moins, on le croit. On n’imagine pas avoir quarante ans ni ressembler un jour à sa grand-mère. On se lève, on balbutie, on s’endort. Rien ne peut arriver, l’avenir est abstrait, le futur se borne aux échéances immédiates : une fête, un examen, un rendezvous. Notre existence se résume à l’instant, on ne se projette pas, on mémorise le passé pour retenir l’essentiel : un regard, un baiser, une caresse. Le cœur battant, le fard aux joues, le souffle court, on s’affranchit des interdits. On aimerait être plus âgée, grandir plus vite, mais surtout ne pas vieillir. On passe des heures devant un miroir, on se déteste, on envie la silhouette de sa meilleure ennemie. Puis on franchit le cap qui autorise à être de mauvaise humeur cinq jours par mois : l’enfance s’éloigne. Notre corps prend forme : on part à sa découverte, seule ou sur les conseils d’une copine. On s’observe, et on exècre ce qui est toujours trop ou pas assez. Ensuite, on ne comprend plus rien : les parents deviennent stupides, sourds, ou aveugles. On pleure d’être incomprise, mais on adore être regardée. Un copain, un voisin, un cousin ? Peu importe, on redevient l’objet de toutes les attentions. En fait, ce qui précède ne vaudrait pas la peine d’être exposé, si ma vie n’avait pas basculé en une fraction de seconde. En réalité, le terme est impropre. Monexistence n’a pas été secouée par un mouvement de balancier, les murs ne se sont pas lézardés. Je ne suis pas passée de la lumière à l’ombre, du bonheur à l’incompréhension, ou du rire aux larmes. Ce fut pire, je n’ai rien vu venir. En un instant, la nuit s’est exonérée des contraintes du temps, le sol s’est ouvert, la terre m’a engloutie. Sur un mot, une réprimande, ou une lettre anonyme, la haine m’a emportée. Plus tout à fait adolescente ni tout à fait femme, je n’étais pas prête à être catapultée dans un univers où rien ne prédispose une fille à subir ce que l’on m’a infligé.

J’ai vingt ans.

Étant appelé à me juger, votre tâche s’annonce périlleuse et vous risquez d’être déçu : je suis banale, ordinaire, dramatiquement quelconque. Hormis un prénom dont on m’a affublé à une époque où toutes les filles s’appelaient Céline, Aurélie ou encore Virginie, vous ne décèlerez chez moi aucune originalité, aucun traumatisme ni stigmate qui me disculperaient. Je n’ai aucune excuse : je suis née dans l’un des plus beaux quartiers de Paris. Donc loin de la Vologne et du petit Grégory Je n’ai pas de circonstances atténuantes ! Je ne suis pas le produit d’un acte incestueux, d’un plan cul à l’arrière d’une voiture, ou la conséquence d’une pilule oubliée. Après une grossesse difficile, ma mère a même renoncé à sa carrière pour s’occuper de moi. Pendant près de vingt ans, j’ai cru être une fille unique dans tous les sens du terme jusqu’à ce que les flics américains m’immergent dans les secrets sordides d’une famille décomposée.

Merci à Lynda Massicotte pour ce beau retour et son "coup de coeur":

http://lesmilleetunlivreslm.over-blog.com/2020/10/la-fiancee-du-11-septembre-marc-gervais-igb-editions-par-lynda-massicotte.html Attention, je vous mets en garde, si vous commencez cette lecture attendez-vous à ne pas pouvoir refermer le livre avant d'avoir terminé, ce qui veut dire quelques heures de sommeil en moins, c'est ce qui m'est arrivé.