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interview RADIO :

« Je lui répondis spontanément que la vie de mon grand-père avait été extraordinaire et qu’elle valait bien un roman ! D’ailleurs, ajoutai-je, j’en ai déjà le titre : “Mon grand-père de papier”. » Mais qui était vraiment Henri Delbrouck ?

EXTRAIT LIVRE :

J’étais revenu à Vouziers… Qui donc m’avait fait reprendre la rue Avetant que, gamins, nous appelions « rue de la Poste » ou « rue de l’Hôpital », logique enfantine qui nous avait fait borner cette voie pentue par deux bâtiments facilement repérables ? Disparus les garages Minet, à l’angle de la rue Chanzy, et le cabinet dentaire Fay. Le père Hudek avait fermé sa bijouterie et Jeannot Bauer ne coiffait plus en face de l’école maternelle de mon enfance, lui, qui quittait volontiers son salon pour aller boire un coup au « Rennes », abandonnant son client à moitié coiffé ! La grosse bâtisse qui abritait l’étude de Maître Lienard avait été abattue ; l’immense sureau sous lequel je jouais avec mon frère Jean à monter de petits chapiteaux, abattu aussi. La maison que mes parents avaient louée, était toujours la même : une ancienne ferme, en pleine ville. Notre appartement était à l’étage, ma chambre, sous l’auvent de notre grenier, était toujours chichement éclairée par quelques tuiles transparentes. J’avais vécu ma jeunesse ici jusqu’en septembre 1963, année de mon départ pour Rethel puis Reims, l’année suivante, pour passer mes deux bachots. Quelques mètres plus loin, sur le trottoir d’en face, une maison bourgeoise avec un petit perron de quelques marches. Ma tante Yvonne m’accueille avec un grand sourire, suivie de Paul, frère de mon père, petit, frisé avec des yeux malicieux. On me fait passer au salon où le poêle ronronne ; les tasses sont déjà posées sur la table basse. La porte-fenêtre donne sur le jardin qui languit en cette fin d’automne. Qui donc m’avait poussé à rencontrer mon parrain, l’aîné de la fratrie ? Certes, à cette époque, la généalogie était à la mode ! Je faisais partie de ces renifleurs de registres poussiéreux, toutefois en orientant mes recherches vers le quotidien de nos ancêtres.

-Un café, Claude ?

-Oui merci, ma tante. Paul se rapproche de moi, tendant l’oreille.

-Alors, que veux-tu savoir ?

-Dis-moi tout ce que tu sais de ton père, mon grand-père Henri.

Ma grand-mère Rose, décédée en 1970, chez laquelle j’allais souvent casser du petit bois et aider à de menus travaux ne m’avait jamais parlé de son mari ; mon père, René, était muet, lui aussi, à ce propos… La rumeur familiale disait de lui que c’était un alcoolique et un homme brutal qui avait quitté Vouziers dans les années trente… J’aimais bien mon oncle Paul et c’est pour cela que je m’étais permis de le déranger, étant en confiance, espérant qu’il dirait des vérités. Je crois aux forces de l’intuition, à la chance et aux heureuses rencontres. Et, cette fois encore, j’avais eu raison de suivre mon instinct ! Au fil de la conversation, je notais promptement tous les événements qui avaient jalonné la vie de mon grand-père. Tous les renseignements que je recueillis alors me permirent de mener des recherches passionnantes.

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