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EXTRAIT :

"Je sens la mort qui rôde. Elle m’enveloppe comme un manteau brumeux, insaisissable mais inéluctable. Elle me tourmente car si j’ai conscience d’avoir accompli de grandes choses, je n’ai par terminé mon œuvre, l’édifice que j’ai bâti est encore bien fragile, il a l’inconstance de la jeunesse, il est rugueux comme les jeunes opinions, instable comme un caprice d’enfant. Rien n’est plus injuste que la mort car elle frappe sans un regard vers les destins accomplis. Tout ce qui est vivant est condamné à mourir, mais tout ce qui est vivant n’a pas le même impact sur notre monde. La moindre mousse sur un rocher, la moindre feuille de châtaignier, la plus petite mouche d’eau, l’oiseau le plus frêle ou le rat le plus laid ont le même destin, ils naissent, vivent et meurent sans que le monde ne se soucie de leur existence, sans qu’ils ne puissent provoquer la plus infime métamorphose sur la terre qui les a accueillis. Même les êtres humains ont, dans leur immense majorité, une vie insignifiante, sans conséquence sur l’avenir du reste du vivant. Mais moi, j’ai eu un autre destin, je suis sans doute celui qui, depuis une génération, a le plus contribué à façonner le monde d’Agoria, que beaucoup nomment encore le monde connu. Je lui ai apporté l’équilibre, la paix, la prospérité, la spiritualité. À part un dieu que je vénère, qui aurait eu une telle influence sur la vie de tant d’autres êtres vivants ? Je ne mérite pas de mourir, mais à la différence de ceux que je sers, je suis tout autant condamné que mes semblables, sans égard pour l’œuvre que j’ai menée à bien. Je ne comprends pas. J’ai été choisi pour accomplir cette mission, je l’ai toujours su. Alors pourquoi me retirer du jeu avant de voir ma tâche terminée ? Pourquoi faire courir un tel danger à ce nouveau monde encore tellement fragile ? Peut-être que d’autres parviendront à faire prospérer mon ouvrage, mais je suis terriblement inquiet. Pourtant, la peur ne m’est pas familière, ou alors, serait-ce une nouvelle sorte de frayeur, une crainte sourde que ma vie si entièrement consacrée au bonheur des hommes ne conduise qu’à un retour du chaos dont je les avais sortis."