CP Fella Zerka-page-001.jpg

EXTRAIT:

J‘étais la fille rebelle, qui faisait mille projets de liberté, de reprendre mes études, de respirer, de serrer dans mes bras cette immensité de ciel bleu. Je toucherais de mes mains ces petits moutons blancs que l ‘on dit nuages, je planerais avec les oiseaux, j‘aiderais les pauvres, les servirais, je serais artiste-peintre, je dévoilerais tous les non-dits, et me battrais pour la liberté des femmes. Mais pour tout cela, pour sortir de la maison, pour pouvoir agir, il faudrait attendre la fin de la guerre ! Cette guerre qui débutât en l954 en Algérie, mais quand finira-t-elle ?? J‘étais jeune entre douze et seize ans, mes revendications, mes colères, ma rage, mes peines perdues, mes revanches futures, tout était dans une bulle silencieuse et hargneuse. L'important c‘est que l ‘on ne me marie pas. Il est clair que je me refusais de servir quiconque après toutes ces expériences vécues. Je ne regrettais pas j‘aimais mes frères et sœurs, grâce à eux j‘étais au courant de la vie actuelle, des événements, des auteurs nouveaux, des nouvelles musiques et chanteurs, des modes, surtout mes frères, nous étions complices, je les aimais beaucoup, surtout lorsque l‘un me passait son roman et l‘autre me ramenait des magazines qui m‘étaient interdit de lire. II ne faut pas oublier l‘honneur de la famille que je représentais, il y aurait eu des risques que j‘imite les filles faciles qui étaient représentées avec photos sur Bonne Soirée, Nous deux, Intimité, etc. Pour cela, j‘en suis forte reconnaissante. Celui qui m‘apportait ces magazines aurait mérité les coups de fouet, c‘était grave de désobéir j‘en avait la tremblote, mais je savais les cacher afin de lui éviter cette punition, et d‘en avoir encore à l‘avenir. Seule avec moi-même je réfléchissais à cette gentillesse, j‘en été confuse et très serviable, sans retenue. Mais c‘était les seuls que je servirais toute ma vie, personne d‘autres, il n‘en était pas question !! Mais hélas ! Croire que ma destinée était prescrite !! Si oui pourquoi ce caractère me fut insufflé !! J‘avais dix-sept ans je nettoyais le jardin carrelé à l‘entrée de la villa, arrosais les fleurs, balayais, passais la serpillière, pieds nus les cheveux en l‘air, quand le portail s‘ouvrit, et deux femmes voilées entrèrent, l'une je la connaissais, c‘était la laveuse du bain (hammam), elle me scrutait d‘un regard connaisseur et tranquille, l'autre je ne l‘avais jamais vu, son regard perçant et inquisiteur, m‘avais suivi jusqu’à l‘autre bout de la villa, au jardin opposé. Là, je vis ma mère « deux femmes te demandent » lui dis-je, elle les mena au salon. Elle revint me voir dix minutes après : « Prépare le café, tiens, les clés pour tirer les gâteaux, la porte du milieu de la desserte, présente bien le plateau, n‘oublie rien !! ». J‘exécutais sans trop me poser de questions leur regard accrochés sur moi, sur mon corps, sur mes pieds nus, me gêna un peu, puis c‘est tout.